Beach House à l’Olympia : Comme dans un rêve ?

Forts du succès critique de leur septième album studio, sobrement intitulé « 7 », les deux américains qui composent le groupe Beach House décidèrent de poser leur trône de seigneurs de la Dream-pop sur la scène de l’Olympia, pour un concert événement, ce lundi quinze octobre deux-mille-dix-huit. Qu’est ce que j’en ai pensé ? Très déçu. Pourquoi ?

1 – Ils n’ont même pas chanté Days Of Candy.

2 – Le concert s’est arrêté.

Fin de l’article. Merci.

Continuez, c’était une blague. Partez pas !!

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Je pense bien évidemment tout le contraire de ce que j’ai raconté à la fin de ce petit paragraphe. Mais reprenons tout depuis le début.

Formé en 2004 par la rencontre de deux jeunes personnes, Victoria Legrand et Alexander Scally, qui évolueront par la suite pour devenir de véritables âmes sœurs musicales, Beach House est un de ces groupes à part, flottant dans leur propre galaxie-rêve, et dont la musique en est le témoignage le plus intime et le plus pur qu’il soit. Cette musique qui vous transporte, grâce notamment aux synthétiseurs de Victoria, spatiaux, lumineux, et aux guitares légèrement plus oppressantes et sombres d’Alexander, dans un espace lointain où tout n’est qu’équilibre entre l’ombre et la lumière, l’amour et la haine, la joie et la peine.

Les paroles de la plupart des chansons de Beach House, introspectives à souhait, complètent ce sentiment d’apaisement cathartique que procure leur musique en traitant des sujets profonds, tels que l’existence, l’univers ou les sentiments, qu’ils soient heureux ou destructeurs, et sont chantées par la voix si singulière, voire quasiment religieuse, de Victoria Legrand, qui vous prend aux tripes et vous fait frissonner, telle une brise froide lorsque vous regardez la mer et son immensité debout sur une falaise.

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Photo de Shawn Brackbill


Après 7 albums studios, dont des chefs d’œuvre comme « Bloom », « Teen Dreams » ou encore « Depression Cherry », l’album que je chéris le plus au monde, et 14 ans d’existence, leur popularité et leur influence sur la musique contemporaine n’est plus à minimiser, étant adoubés par des rappeurs comme The Wknd ou Tyler The Creator ainsi que par de nombreux médias, du Times aux Inrocks.

Et pour une fois, je suis d’accord avec les médias.

C’est donc dans le cadre de leur tournée mondiale organisée pour la sortie de « 7 » que les deux américains qui composent Beach House ont donc décidé de poser leur trône de seigneurs de la Dream-pop sur la scène de l’Olympia, et je ne pouvais pas louper ça. J’avais ma place depuis le 9 mars 2018, 10:09, soit 9 minutes après leur mise en vente, c’est dire mon impatience quand je suis rentré dans cette immense salle (pour quelqu’un qui trouve que le Point Éphémère est déjà balèze) une heure avant le début du concert dans le but de trouver une bonne place. Et… Je me suis loupé un peu sur ce coup là, je l’avoue. Note pour plus tard, ne pas aller chercher une bière et son manteau pendant l’entracte, après une première partie que tu n’as pas vraiment appréciée et qui te laisse encore dubitatif.

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Petite précision : Les jours avant le concert, j’ai pu discuter avec des gens me disant qu’ils aiment bien Beach House mais qu’ils n’iraient pas les voir en concert parce que, même si leur musique est magnifique, ça ne bouge pas trop et ça doit donc être un peu ennuyeux en live. Je voulais donc me forger mon propre avis, et je vous le donne ici. Il est bien sûr totalement subjectif car j’aime Beach House de tout mon cœur.

Vers 21 heures, la lumière fut. Ou plutôt l’obscurité. Fidèles à leur discrétion qui a fait une partie de leur mythe, Victoria, Alexander et leur batteur de tournées restèrent plongés dans le noir durant la quasi-entièreté de leur spectacle. On ne distinguait que leurs silhouettes, étonnamment imposantes, telles d’immenses ombres musiciennes. Pourtant, la vraie magie du concert, outre les musiques, mais on y reviendra plus tard, se déroulait derrière eux. Un énorme écran diffusait, selon les chansons qui étaient jouées, des fonds colorés se dégradants au fur et à mesure, un ciel étoilé, un étrange et immense regard ou bien encore des formes géométriques mouvantes et hypnotisantes, comme la plupart des clips illustrant les chansons de « 7 ».

L’éclairage, avec des projecteurs diffusant des lumières assez ternes ainsi qu’un nuage de poussière flouant encore plus les deux artistes, participait lui aussi à rendre l’atmosphère du concert presque magique. Pendant une heure, vous êtes littéralement dans un autre espace-temps, dont les lois sont les œuvres de Beach House que vous entendez, certes, mais que vous ressentez aussi au plus profond de votre corps et de votre esprit, tant elles transportent des émotions intenses, encore plus quand la seule interface entre vous et la musique sont les 10 mètres qui vous séparent des interprètes.

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Le concert s’ouvrit, comme Depression Cherry, sur Levitation, et son célèbre « There’s a place I want to take you« , façon la plus appropriée de commencer ce voyage. Les escales, situées dans chacun des disques du groupe, s’appellent Lazuli pour « Bloom », Walk In The Park pour « Teen Dream » ou encore Drunk In LA pour « 7 ».

Rarement un concert ne m’aura d’ailleurs fait autant exulter (certains diront « jouir » et ils ne seront peut-être pas en tort), lorsque j’entendais les introductions de chansons qui pour moi sont des pépites, comme Beyond Love, Girl Of The Year ou encore la quasi-totalité de la setlist d’une heure et demi. J’étais comme un enfant le jour de Noël, j’ai lâché ma larme sur Black Car, lâché ma larme sur Space Song et lâché ma larme sur Myth.

Alors que le concert, après le classique rappel, étant censé se terminer par le tourbillon instrumental et infernal de Dive, sublime capharnaüm psychédélique, un second Encore, chose assez extraordinaire, encore plus à l’Olympia, vint clôturer cette magnifique soirée comme elle le méritait, par Walk In The Park, un des premiers très gros succès de Beach House, en 2010.

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Très discrète pendant le concert, n’adressant que très peu la parole au public, Victoria Legrand s’est confiée à la fin sur le côté très symbolique de cette soirée pour elle, son oncle, le compositeur français Michel Legrand, ayant joué à l’Olympia 30 ans plus tôt. Très belle passation de pouvoir, ce dernier peut-être fier d’elle et de tout le travail accompli depuis les premiers balbutiements de Beach House au début de l’an de grâce 2004.

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De mon côté, j’ai bu le concert tel un alcool sacré, avec des yeux ébahis, heureux de vivre une telle expérience, très fidèle à ce que j’espérais en prenant mon billet il y a plus de sept mois. Je n’ai même pas osé demander au couple devant d’arrêter de s’embrasser juste devant moi pendant la moitié du concert alors que j’essayais de prendre des photos, pour la simple et bonne raison que Beach House, c’est l’amour.

Merci de votre lecture, embrassez vos proches et écoutez Days of Candy, le seul regret que j’ai par rapport à ce concert du groupe qui m’a fait aimer la musique. Et, Beach House ça n’est finalement pas du tout ennuyeux en live. J’aurais même aimé qu’il dure toute une nuit, toute une vie.

 

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