Muddy Monk, passion Rétro.

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Petit déjeuner après une dure nuit. Source : Modzik

De tout le paysage musical de la pop française (enfin, francophone, car le monsieur est suisse), Muddy Monk n’est sans doute pas le nom le plus connu. Pourtant, ce dernier mérite que l’on s’attarde un peu sur le personnage ainsi que ce qui fait sa musique, une jolie synthwave teintée de nostalgie, d’envies d’évasion(s) et de romantisme. C’est ce que l’on va tenter de faire dans cet article, en explorant quelques points qui semblent importants. Alors sortez votre synthé le plus rétro, votre plus belle voiture de collection, et partez pour un voyage au cœur de l’univers de Muddy, ce discret super-héros qui sauvera la chanson française au guidon de sa BMW.

Né en Suisse, à Fribourg, il y a une trentaine d’années, Muddy Monk a vécu une enfance tranquille, nichée au cœur des alpages.
Il fait ses premiers petits pas musicales au sein d’une école de piano-jazz de sa ville natale, où il est inscrit « de force » par ses parents, qui refusent qu’il fasse de la batterie. Merci, parents de Muddy Monk. C’est d’ailleurs son professeur de piano qui, le premier, a réussi à lui instaurer un goût pour l’expérimentation, la découverte et la composition musicale.

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C’est parti pour la ride. Source : Les inrocks.

Faisons un bond dans le temps. Muddy a bien grandi, il sait désormais compter deux par deux, lacer ses chaussures, et fait ses premières armes dans la musique en samplant les vinyles qu’il déniche chez les disquaires du coin avec ses amis.

Il envoie ses premiers projets, postés sur Soundclound en 2012, à des artistes qu’il estime. C’est comme ça qu’il fait la rencontre d’Ichon, rappeur du collectif Bon Gamin, avec qui il collaborera plusieurs fois, dès son premier album. Cependant, étant d’ordinaire assez timide, il ne se décide pas encore à poser sa voix sur ce qu’il compose. Sur son premier « vrai » LP, Ipanema, il laisse son amie Noémie Schmidt chanter, et s’attache la plupart du temps à la partie samplée, mais s’autorisant quelques incursions vocales légères. Avide de découvertes et d’expérimentations, il décide cependant de sauter le pas, de commencer à écrire de longs textes et d’ajouter sa voix à ses petites créations. C’est d’ailleurs lui qui va devenir une des principales inspirations de son ami Myth Syzer, et va le motiver à pousser lui aussi la chansonnette, ce qui donnera le très bon album Bisous, sorti en 2018. Muddy Monk posera ses mots sur « Le Code« , le « tube de l’été » 2017, aux côtés de Ichon, Bonnie Banane et Myth Sizer.

Alors qu’à ses débuts, son instrument fétiche était un sampler, il décide finalement de se mettre au synthétiseur, afin de s’autoriser encore plus de liberté. Pour continuer à parler ce discret personnage, qui aime volontiers rester loin des micros et des projecteurs, il faut parler des trois principaux thèmes de sa musique, ceux qui lui donnent ce côté délicieusement nostalgique et même unique : L’amour, les tropiques et la ride. On appellera ça le rétromantisme, le rétropical et le rétroviseur. Pourquoi ces noms bizarres ? Déjà, pour le jeu de mot avec « rétro », qui résume bien le style musical de notre suisse. Mais aussi parce qu’on est sur mon blog et que c’est moi qui décide.

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ça c’est du maître-nageur. Source : Beyeah.

Le Rétromantisme, c’est la faculté, et même la facilité, qu’a Muddy Monk à utiliser ses sentiments dans son processus créatif. Dès ses débuts, et son premier album Les Filles D’Ipanema, il se plaît à raconter des histoires d’amour, qu’elles soient rêvées ou réelles. Chacune de ses chanson, chacun de ses textes met en musique, d’une façon ou d’une autre, cette chose parfois si paradoxale. En effet, chez lui, l’amour qu’il met le plus souvent en musique n’est pas celui qui est dans sa plus belle période mais celui qui s’approche de la fin, ou qui est même déjà terminé, mais pas oublié. Et cela, d’une façon toujours joliment écrite, jamais cheesy comme pourrait l’être un Cuco, et qui plus est, avec des paroles sublimées par des notes de synthé entre froid et chaleur, lancinantes et réconfortantes. Dans « En Léa », très beau morceau sorti en 2017, Muddy Monk se livre à sa nouvelle compagne, lui racontant qu’il n’arrive pas à oublier celle qui occupait sa vie auparavant. Une des choses qui frappe le plus dans la chanson, mais qu’on ne remarque pas toujours, c’est cette subtile variation entre la fin des deux couplets, le « Et si je ride encore les rues de ma ville […] et si je traîne encore dans les bars… » du premier se transformant en « Et si je pleure encore les rues de ma ville[…] Et si je tangue encore dans les bars… », sa tristesse étant si intense qu’il tente de laver ses pensées à l’alcool, jusqu’à en perdre l’équilibre et la raison.

Autre exemple dans « Circuit 71« , où il tente de réconforter une de ses amies, sûrement suite à une rupture douloureuse, en lui demandant de, même si elle a peur de lui et de l’amour et qu’elle souhaite fuir loin, rester dans les parages, courir en restant sur sa route, afin que la distance puisse les calmer tous les deux, chanson faisant écho à la chanson précédente. Chez Muddy, l’amour n’est pas que sentimental, mais aussi corporel. Ses paroles sont parsemées de petites pépites quasi-érotiques, comme dans « Océan », où il chante « le va et viens de ton sein contre mes lèvres », ou, encore dans « En Léa », et sa très intéressante métaphore sur le « pays le plus tendre qu’il connaît», parsemé de « méandres » et de « vals immenses », qui est, on le devine, le corps de son ancienne copine.

Le côté « rétropical » de Muddy Monk, c’est l’incitation à partir sur des îles paradisiaques qu’évoquent la plupart de ses musiques, tel un Paul Gauguin du clavier électronique, ce célèbre peintre du XIXème siècle fasciné par Tahiti, ses vahinés et ses plages de sable blanc. Notre suisse préféré sait brouiller les pistes de notre cerveau, pour lui donner l’impression, le temps d’une chanson, d’être allongé au bord d’un océan couleur turquoise, sous des cocotiers. On retrouve ce côté qui donne envie d’être en vacances surtout au début de sa carrière. En effet, le nom de son premier album, Les Filles d’Ipanema, vient de la célèbre plage éponyme de Rio de Janeiro, connue pour être un endroit branché et quelque peu hipster de la plus grande ville du Brésil. Durant cette période, il s’attardait devant son sampler, utilisant comme base musicale la Bossa Nova, cette musique typiquement brésilienne issue de la Samba et popularisée au cours de la seconde moitié du XX ème siècle, qu’il aura beaucoup écouté dans son enfance et qui n’est donc pas surprenante de retrouver dans ses influences.

Mais, ce qui fait que Muddy Monk est un artiste plutôt hors du commun, le côté « Rétroviseur » de sa musique, c’est sa passion pour la Ride, prononcée à l’anglaise, car une petite incartade est toujours bienvenue, même pour un artiste ne souhaitant pas chanter en une autre langue que sa langue maternelle. Pourquoi j’appelle cela « rétroviseur » ? Car il s’agit de s’échapper et de laisser les tracas de la vie dans le rétroviseur de sa voiture, dans les traces des pneus. On peut rattacher ce point au précédent, car la ride et l’exotisme des débuts de Muddy sont, quand on y pense, une suite logique et un même moyen d’oublier le quotidien et sa morosité. Suite logique car Muddy abandonna le sample pour se concentrer sur la composition au synthétiseur, tout en y ajoutant sa passion pour les belles cylindrées, qu’elles soient à deux ou à quatre roues.

 

Mais qu’est ce que la Ride ? C’est partir sur des routes inconnues, conduire nuit et jour, dans le seul but de permettre à son âme de se détendre, de s’évader. Dans une interview aux Inrocks, Muddy déclare même que prendre sa moto pour une balade l’aide à trouver l’inspiration. Le morceau qui résume cette philosophie est sans aucun conteste possible « Si l’on ride », issu de l’EP Première Ride, qui prend ici tout son sens. Pendant un peu plus de 4 minutes, on se retrouve embarqué dans une escapade nocturne qu’on imagine au volant d’une Ferrari Testarossa. Dans cette chanson, qui alterne « couplets » instrumentaux plutôt doux, comme si la voiture avançait tranquillement sur une route vide, et refrains chantés plus toniques et donnant une impression d’accélération, Muddy chante la meilleure définition possible de la Ride,

« Mais si l’on ride, la nuit les routes désertes. Au loin là-bas, la nuit nous donnera des ailes ».

Prévue au départ pour être une chanson solo, Ichon, le membre du collectif Bon Gamin, l’a tellement aimé que lui et Muddy en ont fait une seconde version, où le flow du rappeur de Montreuil s’accorde parfaitement avec le côté évasif et sensuel du matériau d’origine et dans lequel il aborde sa volonté d’une fuite improvisée avec sa concubine, pour enfin goûter à la liberté. Et dans le clip d’ "Océan", son morceau le plus récent à l’heure où j’écris ces mots, il chevauche sa propre moto dans le but d’échapper à un amour perdu, rejoignant donc ce que nous avons vu sur le romantisme de ses textes. De plus, les notes de synthé, et le tempo général de la chanson, donnent une impression de course-poursuite, où sa voix devient de plus en plus floue,comme pour montrer que sa vitesse est dorénavant trop importante pour que ce qu’il dit soit intelligible.

Comme nous l’avons vu à travers cette étude plus ou moins détaillée des piliers de la musique de Muddy, ce dernier utilise son art comme d’un moyen d’échapper à une réalité, à une routine qui le dépasse, l’effraie même. Si ses morceaux sont d’apparence si mélancoliques, c’est que l’écriture et la composition lui permettent d’exorciser ses peines, comme une catharsis bienvenue. Toujours dans la même interview aux Inrocks, il affirme que la musique lui permet aussi de combler une forme de manque, de mal-être qu’il garde enfouie en lui. Composant lorsqu’il s’ennuie, ou lorsqu’il angoisse, cette évasion spirituelle lui est donc presque vitale. Le propre de la musique est de partager des émotions, et ça, Muddy Monk l’a bien comprit. Avec le bon dosage entre mélodies rétros, voix éthérées et paroles introspectives, ses chansons sont de petites pépites auditives, qui devraient figurer dans plus de playlist, tant l’artiste mérite davantage d’un succès déjà bien mérité et grandissant.

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En train de préparer quelques petites pépites. Source : Bewaremag.

A l’heure où j’écris ces quelques mots, le futur LP de Muddy Monk, la suite de Première Ride, devrait sortir à la rentrée 2018. J’en ferai sans doute une petite review sur le blog. D’ici là, écoutez ce que notre artiste suisse a déjà produit, aimez-vous et courrez encore après le blue. Merde, ça c’est Ichon qui le dit.

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